Courrier Du Sensible : lettre #1

aplat de couleur rouge
Illustration par Audrey Bourdin pour Soleyne Joubert

Recommencer à écrire loin des algorithmes

(Tout est bon pour écrire le mot « couillasse »)

Je recommence cette newsletter après des années de silence.

Bon, quand je dis « silence » évidemment ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai écrit deux romans qui ont été publiés aux éditions M+, je me suis beaucoup exprimée sur Instagram, j’ai canardé le monde de mots.

Mais quels mots ?

Aujourd’hui j’ai envie de rouvrir ce canal de la lettre. Je la veux libre, loin des algorithmes qui emprisonnent et font écrire n’importe quoi à n’importe qui. Je la veux proche de mon coeur, de mes émotions, de ce qui me fait rire, pleurer ou vibrer. 

Je la veux intime et fragile. Parce qu’on n’a plus le temps pour le superflu, ce qu’on veut c’est du brute, pas de la couillasse molle fadasse bon chic bon genre.

Voila j’ai écrit le mot couillasse au bout de quatre phrases, je suis contente. Vous pouvez considérer ces quelques lignes d’ouverture comme le manifeste de ce Courrier Du Sensible.

Je reprends le fil de ces lettres que je vous ai écrit depuis mes quinze ans. À l’époque j’étais un petit bout de femme, aux jambes rachitiques et au coeur en friche. Je voyageais seule pour la première fois, j’étais amoureuse et folle d’insouciance. J’ai découvert l’Amérique profonde et j’ai eu une envie furieuse de tout raconter. La folie des grandeurs, les snacks en pleine nuit, les drive, la gentillesse simple de ma famille d’accueil américaine.

Ça a continué. Les voyages m’ont permis de tout expérimenter et de vous le raconter sans trop me brider. Ils ont mis des couleurs dans mes mots et m’ont forcée à tout réapprendre : l’humilité, la solitude, l’attente, l’ennui, les déceptions, la beauté à couper le souffle, l’éloignement, le temps long, les ruptures, la violence.

Je suis devenue louve givrée, furieuse contre le monde, prête à mordre les mondes que je traversais, à niaquer des mollets, à venger mes soeurs de coeur. J’ai ressenti de la colère à ne plus savoir qu’en faire. Je découvrais la patriarcat, l’isolement des vieux, l’injustice des mal logés, la violence faite aux enfants. Je me suis tout pris en pleine face et j’ai écrit de nombreux portraits, parfois drôles, parfois dramatiques. Je me suis éclatée et j’ai grandi dans l’écriture.

La colère est passée (un peu) et puis je suis devenue mère. Et la, c’est encore un tout autre bordel qui méritera sans doute son lot de lettres. J’y ai déjà consacré un roman, qui m’a soulagée d’ailleurs. Mais le sujet est loin d’être clos croyez-moi !

Il y eut bien des voyages. Bien des choses à raconter. À présent les réseaux sociaux me fatiguent. Ils sont une source de stress, une bête affamée que je n’ai pas envie de nourrir. J’ai choisi de me retirer pour un temps. Et à nouveau la plume s’impose à moi. Comme une évidence, une vieille amie que j’avais délaissée.

Je vous donne rendez-vous chaque mois ici, sur ce courrier du sensible. Sans promesse irréaliste de vous sauver ou de changer votre vie, mais avec pour seule ambition de vous faire ressentir, questionner le monde et de faire un morceau de chemin ensemble.

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